Interview avec Béatrice De Montille, fondatrice de MerciMaman.

Béatrice fut l’une de nos intervenantes lors de notre conférence sur l’entrepreneuriat au féminin, et elle nous a accordé une interview exceptionnelle avant de repartir à Londres.

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Présente toi, qui es-tu ?

Je suis Béatrice de Montille et je suis la fondatrice de la marque en ligne de bijoux personnalisés “Merci Maman” lancée en 2007. J’ai commencé en travaillant de chez moi. Aujourd’hui, nous sommes 25 et venons d’ouvrir un deuxième atelier, cette fois-ci en France, en plein cœur de Paris ! Ma marque a connu un essor particulier en 2013 lorsque la Duchesse de Cambridge, Kate Middleton, a été vue portant un de nos bijoux, devenu l’emblème de Merci Maman, le “collier Kate” !

J’ai 38 ans et suis maman de 4 enfants âgés de 4 à 11 ans. J’habite à Londres depuis 13 ans maintenant. A la sortie de l’EDHEC en 1999, j’ai travaillé chez Danone en France et en Angleterre, puis chez Del Monte. Après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai démissionné et quitté le monde du salariat pour pouvoir bénéficier de la flexibilité dont je rêvais et j’ai lancé mon entreprise.

Le fait que vous soyez une femme dans ce milieu vous paraît-il difficile ? 

Sur 25 personnes dans l’équipe, 24 sont des filles. Le seul garçon est…. mon mari ! Il a quitté le monde majoritairement masculin de la banque pour rejoindre mon aventure entrepreneuriale il y a 3 ans. Il est principalement en charge des finances et du développement commercial de Merci Maman. Nous aimerions beaucoup recruter des garçons mais malheureusement les CV que nous recevons sont quasi-exclusivement féminins. En effet, notre marque est très féminine de par son nom et les produits qu’elle propose et attire donc plutôt des profils féminins. Mais je ne désespère pas ! Un garçon a de plus fortes chances de passer le cap des entretiens chez nous car nous aimerions bien rééquilibrer un peu l’équipe !

Avez-vous rencontré des difficultés dans votre business? 

Oui, bien sûr, la première difficulté que j’ai rencontrée a été de… vendre ! Il n’est pas facile de recruter ses premiers clients, de les satisfaire et de les faire revenir. Le meilleur conseil que je puisse donner à un jeune entrepreneur est d’être très focalisé sur ses clients, les écouter, s’assurer que le service que vous leur offrez est parfait. Le service client doit être au cœur de vos priorités.

Chez Merci Maman, la moitié de nos clients sont des anciens clients ou des personnes qui ont entendu parler de nous par le bouche à oreille. L’autre moitié de nos clients sont des nouveaux clients, recrutés principalement par les social medias, les blogs, les articles ou publicités dans la presse papier ou par les plateformes sur lesquelles nous revendons nos produits et qui nous permettent de faire parler de notre marque.

Quand on débute, il est très difficile d’avoir de l’écho auprès des journalistes et des blogueurs. C’est plus facile par la suite et surtout lorsque l’on a une histoire à raconter comme celle du collier de Kate Middleton. Ça donne une certaine légitimité et ça change le regard que les gens portent sur votre marque.

Comme le dit Guillaume Richard, EDHEC et fondateur de O2 “Le chef d’entreprise est le 1er commercial de son entreprise !”. Je suis complètement d’accord avec lui. Alors je fais tout mon possible pour faire parler de Merci Maman en racontant mon histoire, comme je le fais avec vous aujourd’hui sur le blog La Bavarde (Merci !).

En tant que fondatrice ce que je trouve le plus challenging aujourd’hui, ce sont le recrutement et le management. Je suis un peu nostalgique des débuts où nous formions une équipe très soudée avec des relations plus intimes. Aujourd’hui je suis frustrée de ne pas connaître chaque membre de mon équipe par cœur. J’essaie d’être la plus attentive possible à chacun mais malheureusement le temps et la disponibilité me manquent.

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Ressentez-vous des inégalités face aux hommes?

Non je ne peux pas dire que je ressente des inégalités. Merci Maman a vu le jour après la naissance de mon deuxième enfant. Je souhaitais concilier ma vie professionnelle et ma vie personnelle et notamment familiale. Sans ce congé maternité, je pense que je serais restée salariée de mon entreprise et Merci Maman n’aurait pas vu le jour. Alors dans mon parcours personnel, être une femme – et une maman – a plutôt été un atout qu’un frein.

 Est-ce que le fait d’être une F est plus considéré comme une force ou une faiblesse? 

La force des femmes dans l’entrepreneuriat est sans aucun doute le “Multi Tasking”. Nous sommes habituées en tant que mamans à tout gérer en même temps. Ça oblige à s’organiser et à être efficace. Les décisions doivent être prises rapidement. C’est crucial dans l’entrepreneuriat.

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Est-ce un frein de concilier vie privée et vie professionnelle ? 

C’est un challenge plus qu’un frein. La difficulté est de trouver du temps pour soi, pour ses amis et de garder un équilibre. En étant maman et entrepreneuse, on est un maillon très important dans la chaîne et beaucoup de choses reposent sur nos épaules. Alors pour tenir bon, ne pas craquer, il faut s’avoir s’arrêter, faire des pauses, se ressourcer et ça, je trouve ça difficile. Mais j’apprends !

Pensez-vous que la France est en retard sur l’entrepreneuriat par rapport aux autres pays occidentaux ? 

En France, nous sommes bourrés de talents à exploiter ! Nous bénéficions de formations solides qui nous permettent d’avoir la tête bien faite et nous sommes très créatifs. Le mot entrepreneur est d’ailleurs un mot français. Hum… Interesting !

Je sens un très bel essor de l’entrepreneuriat en France. Ça bouge ! Les jeunes entrepreneurs sont très encouragés que ce soit par les incubateurs comme celui de l’EDHEC, ou par les associations (Réseau Entreprendre, Paris Pionnières, etc…), ou encore les initiatives gouvernementales (la French Tech) et les différents labels qui voient le jour (JEF “Jeunes Entrepreneurs Français”).

En école, il y a 20 ans, nous voulions tous être embauchés en finance ou en marketing dans des grands groupes. Ça n’est plus le cas aujourd’hui. Plus de 40% des jeunes rêvent d’être entrepreneurs ! Quelle chance pour notre pays.

Le monde politique aussi parle énormément de l’entrepreneuriat et il y a une prise de conscience à droite comme à gauche, que le salariat évolue, que le travail indépendant se développe et que c’est l’entrepreneuriat qui va permettre d’inverser la courbe du chômage. J’en suis intimement convaincue.

En revanche, en France, les entreprises ont du mal à grandir et cela est dû à mes yeux à la lourdeur administrative, au poids des taxes, au manque de financements et à la peur de l’embauche.

Londres est un bel exemple à suivre, cette ville attire les entrepreneurs. Ici, tout est plus facile. La flexibilité est une réalité et elle est bénéfique pour le chef d’entreprise comme pour le salarié. L’administratif est extrêmement simplifié par rapport à la France. C’est un énorme gain de temps pour l’entrepreneur qui peut alors se concentrer sur sa croissance et non sur sa paperasse ! L’Angleterre bénéficie aussi d’un marché du travail très flexible qui permet de recruter facilement et donc d’accompagner la croissance de l’entreprise sans avoir peur d’embaucher. Ensuite, c’est le cercle vertueux !

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Quels conseils pourriez-vous donner (lancement d’un business, pitch etc.)? 

1/ Trouvez le « gap in the market » ou la niche qui vous permettra de vous démarquer. Ensuite, développez un ADN fort, donnez une forte personnalité à votre marque (choix du nom, de la charte graphique, de votre packaging).

2/ Innovez encore et encore. Ne vous endormez pas sur vos premiers succès. Cela est valable pour l’innovation produit mais aussi pour les process. Remettez toujours en cause vos façons de faire. Faites appel aux brainstorming avec l’intégralité de votre équipe. De là, jaillissent les meilleurs projets et vous n’avez même pas besoin de vendre les idées en interne puisqu’elles auront été générées directement par vos équipes !

3/ Accordez une importance majeure à vos clients et offrez un service client hors pair. Faites appel aux sociétés de notation, ainsi vos clients jugeront vos produits, les reviews donneront confiance aux autres clients, les aideront à choisir et les inciteront à acheter vos produits.

Quels sont les pièges à éviter en tant qu’entrepreneur?

Vouloir tout faire soi-même. Dès que possible, dès que l’entreprise a suffisamment d’argent, il faut embaucher. C’est cela qui permet de grossir et de mener à bien davantage de projets. On est plus forts, plus créatifs à plusieurs.

Pour conclure, je voudrais vous dire que je suis contente de témoigner et de partager mon expérience. Mon but est simple : inciter d’autres derrière moi à se lancer dans l’aventure.  Make your own luck !

Merci à toute l’équipe de La Bavarde.

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Un énorme merci à toi Béatrice pour ta participation à notre conférence. Nous te souhaitons un excellent retour et une très belle continuité d’aventure.

Olivier M

 

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